J13 J14 et
J15 Jours fusionnés pour cause de même nuit
Départ de
Saint Vincent et même histoire que la veille, le vent tourne au nord
est en même temps qu'il refuse. Les choses deviennent sinon
préoccupantes du moins plus sérieuses : nous sommes vendredi
matin 9H et nous devons être dans 26 heures au Marin, en Martinique,
95 miles (route GPS) au nord est, presque droit d'ou vient le vent ;
deux options s'offrent donc à nous :
- soit nous marchons au moteur, en privilégiant le cap pour réduire la distance et la voile nous donnera un coup de matin seulement lorsque le conditions serons satisfaisantes
- soit nous restons seulement à la voile mais alors, compte tenu des bords à tirer, la distance réelle est de 140 miles et il faut alors compter plus de 24 heures, donc une nuit de navigation en mer.
Deux
paramètres supplémentaires doivent être pris en compte :
d'une part le vent, attendu autour de 12 à 15 Nds peut varier en
intensité (coté orientation il ne peut guère être pire sauf à
virer au nord, cas très peu probable) D'autre part si nous nous
sommes fixés comme but d'arriver vers 11H demain matin , notre vol
n'est qu'à 20H ce qui nous laisse un pied de pilote considérable.
Je soumets
évidemment la décision à Florence, ma préférence allant à la
solution de « nav de nuit » plus interessante. Mon
lieutenant se range volontiers à mon avis ; de toute façon
l'escale aurait été courte et la navigation au moteur est bruyante
donc inconfortable.
Je recalcule
une route selon ces nouveaux paramètres. Sur les 26 heures de
navigation anticipée, près de 6 ne serviront qu'à « faire du
cap » et donc 18 heures sur la « bonne » route pour
accomplir 90 miles donc 5 Nds de moyenne : c'est jouable avec le
vent annoncé, mais il ne faut pas trainer en route.
La matinée
se déroule sur le bord de cap frustrant puisque nous ne voyons guère
notre point de départ s'éloigner. Florence va à la pêche, perd
l'avant dernier rapala, ainsi s'en va notre diner.
L'après
midi, nous faisons enfin de la route et doublons le nord de Saint
Vincent pour entrer dans le « canal » qui le sépare de
Sainte Lucie que nous franchissons avant la nuit. Coté pêche, deux
événement notoires clôturent notre première saison : l'un
est frustrant puisque nous manquons, par mon manque d'empressement un
joli poisson que Florence avait ramené à bord et qui se décroche
bêtement à 20 centimètres de la jupe arrière ; l'autre est
la disparition du dernier rappala, emporté par un plus gros poisson,
qui a carrément cassé la ligne au niveau du moulinet
Océan 7
(rapalas) Pêcheur 3 (poissons) le score final est sans appel mais
nous donne des envies de revanche : Nous reviendrons avec du
matériel plus « lourd »
Dès le
début de nuit, à partir de 18H, nous refaisons du cap, mais le vent
forcit un peu, puis une série de grains défile : Risées à 20
puis 23 Nds. Compte tenu que ces surventes sont très temporaires et
très éloignées des prévisions météo, je suis réticent à
prendre un ris alors qu'à 20 Nds de vent le bateau marche fort (8nds
au près) mais tape assez peu. Je choisis de ralentir en réduisant
le génois d'un tiers et l'effet est immédiat, notre allure ralentit
de 2Nds. 21H, Florence va se coucher, sinon inquiète du moins
attentive à la nuit que va passer son marin favori. 23H, nouveaux
grains, la pluie s'en mêle, les risées enflent et les vagues
grossissent un peu. Certes la nuit cache les creux mais le catamaran
commence à taper un peu, ce qui n'allège pas le sommeil de
l'équipage. 1H du matin, le dernier grain me conduit à réduire
encore le Génois et là, subitement, le bateau trouve son équilibre
parfait, cesse de se heurter aux voiles, tout devient fluide et
Florence s'endort dans sa cabine. Pendant ce temps, je veille,
emmitouflé dans un ciré (le pleut parfois) je somnole quelques
minutes, puis retourne vérifier qu'aucun autre navire ne croise
notre route ; les heures s'égrènent doucement.
4H, Florence
apparaît sur le pont et me relaie à la veille, je m'endors pour 2
bonnes heures de plein sommeil. Le lever du soleil nous surprend
débordant la pointe nord de Sainte Lucie, à 35 miles de la
Martinique sur une route de largue et à 10H, nous franchissons la
première bouée d'entrée du port du Marin. A l'heure !
Les
formalités de restitution du bateau, le déjeuner suivi de sa sieste
et la clearance de douane nous conduisent à petits pas vers le
moment de quitter la mer pour l'aéroport, un nouvel embarquement,
une excellente nuit de sommeil pour Florence (chose rare) comme pour
moi (chose courante) et nous voilà à Paris en début de matinée ;
nous avons perdu 25° de température ! Une rapide visite au
salon nautique nous ménage une transition douce entre hier, le
bateau et demain le froid. Avec la bénédiction de Florence, j'ai
acheté une voile d'avant extraordinaire, un Parasailor que
j'emmènerai lors de notre prochain périple, été 2015, en
Guadeloupe. La bibliothèque marine s'étoffe un peu. Elle permet de
rêver jusqu'au prochain voyage...
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